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30 June 2007 @ 05:47 pm
Avortement  
Pour un concours... J'y arrive pas, je bloque, les mots fondent sous mes doigts et la mélasse dans laquelle je patauge finit par noyer ma pauvre idée de scénario...

 

C'est dingue combien le ciel peut avoir une gueule de paradis quand un bête rayon de soleil parvient à percer le magma nuageux. Il est jaune sale, ce ciel-là, jaune sable, un peu gris, un peu trop foulé par les pieds des touristes, un peu marée haute en plein hiver, ça ferait presque mal au cœur. Il a un petit côté écrasant que tu parviens pas à t'expliquer, et dans le fond tu t'en fous pas mal.

Tu redresses la tête, la nuque écrasée contre l'accoudoir du canapé, un avant-goût de corde au cou, une petite idée de ce que ça sera plus tard. T'écrases ta clope à côté du cendrier, droit sur la table en verre, t'en rirais presque tellement c'est ridicule. Un peu shootée à la vie tu te tortilles dans les bras de cuir, c'est con, t'as plus rien à griller, ni herbe ni tabac, et y'a personne pour t'expliquer comment faire pour te lever et aller en acheter.

Pour t'expliquer comment ça marche un être humain, avec une tête, deux jambes, une bouche pour embrasser et fumer, pour gémir et faire plaisir, et puis un cœur perdu quelque part au milieu de tout ça.

Tu te retournes sur le ventre, t'as envie de vomir mais ça va, l'habitude retient tout dans ton estomac, il faut encore le réflexe des doigts au fond de la gorge pour que quelque chose sorte, même des mots aigris et des cris de stupeur. Tu regardes la pluie qui s'écrase contre la vitre, éternelle kamikaze, tiens un arc-en-ciel au bout de la rue, stupide erreur de la nature. Tu souris, c'est marrant, mais ton appareil photo est trop loin pour que tu te souviennes demain de ce petit jeu d'éternité entre toi et le monde.

Façon marionnette désarticulée tu tâtonnes par terre, les yeux clos tu te demandes comment tu feras pour boire sans tout renverser alors que tu tangues déjà, la tête à l'envers entre deux couches de fumée, clope ou brouillard, clope ou encens, clope ou cendres, t'es déjà loin. T'as encore pris le TGV, t'es partie trop vite, t'as rien vu de ce que tu laissais derrière toi comme pensées idylliques et moroses, sensées et futiles, taquines et charmeuses et tellement violentes que le nacre blanc du carrelage en est encore rouge.

L'arc-en-ciel s'estompe dans le ciel brumeux de décembre mais rien que d'imaginer qu'il reste imprimé en noir et blanc au fond de ta rétine te fait rire. Une virgule s'évade devant tes yeux, ricoche sur les mots qui vadrouillent dans ta tête, te nargue avec un rire fluet sur un orchestre de points de suspension. Ce que tu cherchais, en te noyant le vague à l'âme dans ta voie lactée ? Oublier l'heure, sans doute.

Tu te frottes le front, fatiguée mais en pleine forme, t'as toujours aimé les paradoxes quand ils passent dans ta vie comme des coups de tromblon. Tu te souviens vaguement de choses à faire, de personnes à appeler, à rassurer, faire genre que t'es encore vivante et en pleine forme, et puis acquiescer promis-juré-craché dès qu'on te demande de donner signe d'existence, mais ils verront jamais que ta foutue erreur moisit dans tes tripes et que c'est pour la faire sortir que tu vomis ta mort au-delà de tes propres limites. Au-delà du ridicule instinct de survie qui te fait hésiter quand tu t'approches de la salle de bain. Faut pas faire attention à ces choses-là.

Tu fronces les sourcils, cherches toujours le verre au pied du canapé et puis renonces, t'as assez à méditer comme ça sans en ajouter une couche. Pourtant tu te sens pas encore assez partie pour assister sereinement au tournoiement de la petite aiguille en face de toi. Haute voltige à t'en donner le tournis, l'heure défile, princesse dorée au sourire de Cheshire, et si le lapin blanc tente de te poursuivre tu le feras rouler sur les bouteilles vides pour le ralentir.

Tu te souviens de cette vague forme qui valse au milieu du reste, incapable de rester en place elle te fait respirer plus fort, un léger haut le cœur et la main sur la bouche t'hésites à ramper jusqu'à l'évier le plus proche. Alors pour compenser tu suis le chemin que tes pieds t'indiquent, tu te fais un cabaret à toi toute seule du salon jusqu'à la cuisine et tu trouves la bouteille qui te sauvera de tes visions d'horreur. Le crissement du goulot qu'on porte à ses lèvres comme un dernier cri bu sauvagement, les larmes aux yeux ça brûle la gorge, enfin tu te sens vivre un peu.

 
 
( 2 morsures — Post a new comment )
bostaf: Keine kommentar[info]bostaf on July 2nd, 2007 10:46 am (UTC)
...euh...triste!
Loua[info]namanie on July 2nd, 2007 02:44 pm (UTC)
*Rigole* Triste ? C'est encore sympa ça, j'aurais dit maladivement dépressif, glauque au possible et définitivement pas glop :p Mais ça doit dépendre du point de vue XD
 
 

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